Motivation et émotions

Il est généralement admis que les programmes de motivation sont destinés à embarquer les personnes « non-motivées », c’est-à-dire dans un état neutre par rapport au changement que vous leur proposez. Les « pour » seront de votre côté. Et les « contre », vous espérez au mieux en faire des neutres. Mais ce n’est pas toujours possible, car les émotions sont là !

 

L’autre jour, je discutais avec un ami avec qui j’avais partagé suffisamment au cours des deux dernières années pour l’envisager dans mon esprit comme un bon-père-placide, tempéré, plutôt tourné vers l’art (il est créateur de décors). Nous parlions de la crise. Voici, en substance, son discours :

Il faut tout remettre à plat, repartir à zéro. Tout est pourri. Les banquiers, les industriels, les patrons et les cadres : inutiles, nuisibles. Qu’on les mette à 500 euro par mois, ils comprendront un peu mieux la vie ! Je suis pour tout casser…

Bref, lui dis-je, ce que tu souhaites, c’est comme on dit : « une bonne petite guerre » ?

Tout à fait, me répond-il. Je lui fais remarquer que peu de gens sortent gagnants d’une bonne petite guerre, et que très certainement son métier ne le protègerait pas. Sa réponse fuse : je m’en fous !

 

L’altruisme réciproque

Bref, il est contre, irréductiblement. Cela me fait penser aux expériences sur ce que l’on appelle l’altruisme réciproque. En deux mots : réunissez deux personnes, A et B. Proposez à A de choisir entre deux options. Dans la première, A gagne 2 et B gagne 20. Dans la seconde solution, A et B gagnent tous les deux zéro. A devrait bien sûr choisir la première solution. Son gain est de 2, et de zéro sinon. Mais voilà, la plupart du temps, A n’est pas aussi rationnel et préfère ne rien gagner. Pourquoi ?

 

Tout simplement, parce que A, même s’il est en partie un individu rationnel n’est pas QUE rationnel. Il comporte aussi une dimension émotionnelle qui lui dicte de prendre en compte l’équité. Les tests montrent que la bascule se fait autour d’un rapport d’inégalité de 1 à 2, et pas de 1 à 10.

Voilà pourquoi mon ami préfère une solution « perdant-perdant » à la situation « un peu gagnant-énormément gagnant » qu’il juge être celle de notre société.

 

Derrière les « contre », il y a donc des gens qui n’acceptent pas le deal, non pour des raisons rationnelles, mais parceque leurs émotions leur indiquent une situation d’inéquité.

La question est : à partir de quand leur balance émotionnelle s’équilibrera ? C’est donc sur les émotions qu’il faut travailler pour dialoguer avec les contre.

 

Laurent Ryckelynck

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