L’art de la mobilisation

Les hommes politiques ont toujours été des adeptes de la communication de masse, descendante. Ecrasez un message le plus fort, le plus loin et le plus longtemps possible… il en restera quelques chose.

Obama a construit sa campagne de manière révolutionnaire. C’est ce que montre le remarquable travail sur la campagne présidentielle américaine qu’a mené le think tank Terra Nova.

La vidéo présente de nombreux témoignages de responsables de la campagne d’Obama, d’experts, de militants, de concurrents. Les documents (dossier, synthèse, présentation) proposent des analyses très riches, avec des recommandations d’évolutions des pratiques françaises.

L’émergence des réseaux sociaux donne à son expérience de la mobilisation de terrain une toute nouvelle dimension. Conseillé par les meilleurs spécialistes, dont Chris Hughes, cofondateur de Facebook, Obama en fait des outils extraordinairement puissants d’organisation de communauté. 10 millions participents à sa campagne, 3 millions font des dons, 1,2 millions militent activement sur le terrain. Comme le décrit le rapport Terra Nova : “Mais l’originalité de la campagne d’Obama n’est pas simplement d’avoir identifié dans le changement un message électoral fédérateur. Son originalité fondamentale, c’est d’avoir quitté la sphère stricte du politique, rationnelle, et d’avoir suscité la mobilisation d’une “communauté Obama”, fondée sur l’émotion.

Tous croient en leurs capacités d’être des acteurs du changement. C’est le génie mobilisateur du rédempteur Obama. Sa thérapie libère le pouvoir individuel.

 

Obama n’aime pas pratiquer le sport politique préféré des medias, le conflit personnel, et se consterne du déclin de la civilité. “Mais ce déclin de la civilité provient en partie de ce que, du point de vue de la presse, ladite civilité est ennuyeuse.” Il profite de l’essor de Youtube et crée son propre media. Il produit et diffuse ses messages, maîtrisant alors parfaitement leur teneur, leur tonalité, leur contenu, leur charge émotionnelle. Ainsi chacun peut accéder à tout moment à la source, Obama lui-même, sans aucune déformation ni limitation. Tous ses discours sont diffusés dans leur intégralité sur Youtube.

C’est la première fois que les medias traditionnels sont court-circuités, par Youtube, par son site de campagne et par tous les relais de sa campagne.

Mais où Obama a-t-il puisé sa science de la mobilisation ? Les outils ne suffisent pas, ils ne font qu’amplifier le signal qu’émet un homme.

En 1995, à sa sortie d’Harvard, il raconte dans son autobiographie “Les rêves de mon père“, l’ambition qui l’animait déjà dès 1983 : “Le changement ne viendra pas d’en haut, disais-je. Le changement ne viendra que de la base, c’est pourquoi il faut la mobiliser.” Il poursuit, préoccupé de trouver sa place au sein de la communauté noire : “Voilà ce que je vais faire. Je vais travailler à organiser les noirs. La base. Pour le changement.”

Et c’est ce qu’il fit, non sans mal.

Pendant des mois, il écrivit à des associations de défense de droits civiques, à des élus progressistes noirs, à des conseils de quartiers… Rien. Aucune proposition. Jusqu’au jour où, enfin, il se fit embaucher en tant qu’organisateur de communautés pour aider les plus démunis à défendre leurs droits dans les quartiers défavorisés de South Side Chicago, en tant que stagiaire, pour 10.000 dollars annuels.

Obama décrit les conseils de son mentor pour sa première opération de terrain. “C’est leur intérêt particulier qui pousse les gens à s’engager dans une organisation, m’expliqua-t-il ; ils s’engagent s’ils pensent en retirer quelque chose. Selon lui, quand j’aurais trouvé un thème intéressant un nombre suffisant de personnes, je pourrais les entraîner dans une action. Avec un nombre suffisant d’actions, je pourrais constituer une force.

Puis vint cette première expérience. Suite à le recrudescence de la violence et à une fusillade récente dans un quartier sensible, Obama décide d’organiser une entrevue entre les citoyens et les forces de police, pour renouer le dialogue. “Nous maintînmes notre réunion avec la police, qui fut un petit désastre. Seule treize personnes éparpillées au milieu de rangées de chaises vides vinrent y participer“. Le bide total.

Avec le temps, la patience et la ténacité vinrent les récompenses.

Mais c’est indépendamment de tout cela, (…), que je vis se produire une chose merveilleuse. Les parents se mirent à émettre des idées pour des campagnes futures. De nouveaux parents s’impliquèrent.

Telles furent ses leçons sur la mobilisation du terrain. Pragmatiques, réelles, vivantes, au contact de modestes gens. C’est ainsi que pendant 3 années de 1984 à 1987, Obama apprit l’art de recruter des volontaires, des passionnés, d’écouter les laissés pour compte de la société pour leur donner l’audace d’espérer, de croire en leur pouvoir d’avoir un impact.

Quelques années plus tard, en 2006, alors qu’il n’a pas encore lancé sa candidature à l’investiture démocrate, c’est un Obama de maturité qui écrit dans “L’Audace d’espérer” : “C’est avec le langage des valeurs que les gens dressent la carte de leur monde. C’est ce qui peut les inciter à agir, à aller au-delà de leur isolement.“

 


Olivier Piazza

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