Changer les comportements grâce au paternalisme libertaire

Pour tous ceux qui s’intéressent aux changements de comportements, voici une nouvelle piste intéressante : le paternalisme libertaire. Un oxymore de plus ?  Pas du tout, répondent Richard Thaler et Cass R. Sunstein, deux chercheurs américains, tendance behavioriste.

Je dois dire qu’ils ont un exemple choc. Suivez-les aux toilettes, et mettez-vous dans la peau de dame-pipi. Comment garder propres les urinoirs dont vous avez la charge ? Vous pourriez rédiger des écriteaux invitant à “laisser cet endroit … etc”. Ou menacer les contrevenants d’une amende. En désespoir de cause, vous pourriez faire payer l’usage de ce lieu à hauteur des coûts de nettoyage … Essayez plutôt de dessiner une mouche au fond des urinoirs. Et souvenez-vous : les hommes -anciens chasseurs- adorent viser, quelle que soit l’arme dont ils disposent. Essayée dans les toilettes de l’aéroport d’Amsterdam, la méthode aurait diminué les éclaboussures sur le sol de 80%.

Plus sérieusement, cette approche a été mise en oeuvre pour aider les gens à se constituer une épargne ou à se préparer au don d’organe. Le secret : les “nudges”, des suggestions quasi-subliminales, qui orientent les choix et évitent la contrainte. Et pour les promoteurs du paternalisme libertaire, zéro coercition, c’est l’objectif premier !

Les limites du paternalisme libertaire

Pourtant, les questions éthiques ne sont pas loin, comme le suggère cette réflexion de Ricardo Rebonatto, dans Project Syndicate.

D’accord, le paternalisme libertaire suscite des réserves. Mais on ne peut contester qu’il ébranle un peu plus encore nos convictions concernant notre sacro-sainte rationalité. Reconnaissons-le, nous sommes des êtres largement non-rationnels. En raisonnant en terme de dynamique humaine, je pense que la multiplication des expériences partagées permet de compenser des choix trop irrationnels. Tout simplement parce que échanger avec d’autres personnes, en prenant du recul sur ses propores expériences, permet des prises de conscience.

Lorsque c’est possible, se pencher sur ses expériences et celles des autres, échanger, se donner le temps (toutes constantes de la dynamique humaine) … aboutit à des changements de comportements vraiment libres. Pas besoin de paternalisme lorsqu’on est entre frères !

Laurent Ryckelynck

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