La croissance des qualités

Un élément clé de la dynamique humaine dans les sociétés modernes est certainement la croissance. Croissance individuelle, attendue par chacun pour soi-même et pour sa descendance ; croissance économique et sociale, sensée assurer la première.


Historiquement, les femmes et les hommes de ces sociétés ont surtout recherché une croissance quantitative. Plus de mètres carrés pour leur logement, de moyens et d’occasions de se déplacer, de calories dans leur assiette, d’années à vivre en bonne santé et même de connaissances dans leur cerveau … Consolidée, cette croissance aboutit à peu ou prou à plus de PIB.


Aujourd’hui, la croissance des quantités est remise en cause. Comme le rappelle l’excellent Alternatives Economiques (Hors-série L’économie durable) au-delà d’un certain seuil de revenus, estimé à 15-18.000 $ / an, les revenus marginaux n’entraînent de progrès ni dans l’espérance de vie, ni au niveau de la santé, ni dans la sensation d’être heureux. Sur le plan de la planète, les ressources nécessaires à la croissance des quantités dépassent dès maintenant celles disponibles en eau, air propre, terres cultivables et matières premières.


Un point clé (peut-être un point d’inflexion, celui de la rupture de paradigme) serait de passer à une croissance, non pas seulement plus durable (toujours plus, mais avec moins d’effets secondaires), mais à une croissance des qualités.

Expériences et bonheur

Lors de la conférence annuelle de la Society for Personality and Social Psychology, le chercheur Ryan Howell du Laboratoire de Psychologie Positive de l’Université de San Francisco a présenté des travaux qui montrent que l’argent dépensé à vivre des expériences a plus d’effet sur le bonheur que l’argent dépensé à acheter des objets.



Il a recruté 154 participants âgé de 19 à 50 ans. La moitié décrivait une expérience récente qu’ils s’étaient offerts, une place de cinéma, un restaurant… L’autre moitié racontait l’achat d’un objet. Dans les deux cas, ils écrivaient également leur ressenti au sujet de ce qu’ils avaient obtenu pour leur argent.

Le groupe qui avait vécu des expériences présentait des niveaux de bonheur significativement supérieurs. L’auteur attribue cette différence au bénéfice de se sentir connecté à ses amis, à sa communauté, d’être actif. Il conclue également que les expériences positives perdurent mieux dans la mémoire que les achats de biens.